Petit déjeuner débat: blockchain et smart grids: compte-rendu
15/02/2017 | Administrateur Energie 2007
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Xavier Pintat: de l'utilité des tarifs réglementés
Comprendre le marché de l'énergie: acteurs, organisation | 2007-06-21 16:48:13 | Administrateur 'Energie 2007'
Nous reproduisons ci-dessous un extrait d'une tribune libre de Xavier Pintat, Président de la FNCCR, publiée dans Le Monde, en février dernier. Ce texte explique les mécanismes de la "rente nucléaire", qui expliquent largement l'actualité boursière d'EDF.

Electricité : de l’utilité des tarifs réglementés

"La création du marché européen de l’électricité repose sur le postulat que le libre jeu de la concurrence conduira nécessairement à une baisse générale des prix. Approche dogmatique : la Commission européenne a simplement oublié que s’il en est ainsi dans certains secteurs c’est parce que les systèmes productifs des différents compétiteurs finissent, sous l’aiguillon de la concurrence, par converger en s’alignant, à long terme, sur le schéma technologique et organisationnel le plus efficient, ce qui rapproche le prix d’équilibre du marché du coût moyen le plus bas. Cette théorie néo-classique s’applique bien à l’industrie automobile dont les producteurs ont opté pour des modes de production de plus en plus efficaces : la généralisation de la production de masse a donc conduit à un abaissement général des coûts et des prix de vente.

Il en va très différemment dans le secteur de l’électricité.

De fait, le produit « électricité » présente deux singularités qui le distinguent des autres matières premières :
- il n’est pas stockable (à l’exception, limitée, des barrages hydroélectriques), d’où la nécessité d’un équilibre instantané et continu entre la production et la consommation ;
- dans la courte période, la demande d’électricité est pratiquement inélastique par rapport au prix.
Ces deux caractéristiques se traduisent par une extraordinaire volatilité – sans équivalent dans l’univers économique - du prix de court terme de l’électricité sur un marché ouvert à la concurrence. Face à certains pics de consommation, le maintien de l’équilibre mobilise les moyens de production dans un ordre de préséance économique où l’ajustement marginal se fait avec les moins performants, donc les plus coûteux. La préservation de l’équilibre instantané du système impose ainsi que le prix de marché assure au moins la couverture du coût marginal de court terme de la centrale électrique de pointe la moins performante. Donc qu’il se cale sur les coûts les plus élevés au sein du parc de production nécessaire à la satisfaction de la demande ! Evidemment, les producteurs les plus efficients vendent leurs électrons au prix fort, réalisant des « super-bénéfices » (rentes différentielles) qui pèsent sur les ménages et les entreprises.

Qu’en sera-t-il sur le marché européen ? Concrètement le prix de l’électricité tendra à se caler sur les coûts de la centrale au charbon ou au gaz la moins performante, permettant en parallèle aux producteurs d’électricité nucléaire de réaliser des profits considérables. Car l’électricité nucléaire bénéficiera durablement d’un avantage comparatif en termes de coûts (29 € le MWh, contre 36 à 49 € pour les centrales thermiques à charbon ). Compte tenu du parc français de production, nos concitoyens ont tout à perdre d’un basculement vers la concurrence qui les obligera à payer l’électricité au prix - élevé - du marché, lorsque le tarif réglementé peut être limité au coût moyen supporté par l’opérateur chargé du service public de fourniture, très proche du coût du kWh nucléaire.

Rien ne permet de croire que la suppression des tarifs réglementés et le parachèvement du marché susciteraient au cours des prochaines années un mécanisme vertueux de généralisation de la technologie la moins coûteuse qu’est le nucléaire. Aujourd’hui, Celui-ci représente 35 % en moyenne de l’électricité produite dans l’Union européenne (30 % en Allemagne, 24 % au Royaume-Uni, 27 % en Espagne, 0 % en Italie). La France, avec 80 %, présente un profil totalement atypique. Or, pour que les mécanismes concurrentiels aient quelque chance de fonctionner sur un marché où la demande de court terme est incompressible, il faudrait qu’il y ait un nombre d’offreurs suffisant. Même si l’énergie nucléaire sortait de la sphère publique où elle est cantonnée en France, ce qui n’est sans doute pas souhaitable, elle demeurerait inaccessible à la plupart des producteurs privés. D’où un probable cartel entre deux ou trois opérateurs, qui ne laisserait à l’aiguillon de la concurrence aucune capacité d’influencer le prix du kWh.

Le nucléaire ne pouvant se généraliser à grande échelle dans les prochaines décennies, l’alignement par le bas des coûts de production grâce au marché est illusoire. La référence aux vertus de la concurrence relève donc de la pétition de principe, à caractère incantatoire. Les kWh nucléaires continueront durablement à être produits au prix de revient le plus faible, par des monopoles ou oligopoles fermés, souvent publics. Seuls des tarifs réglementés basés sur le coût moyen permettraient aux consommateurs de continuer à bénéficier de cette compétitivité : leur suppression va provoquer une explosion des prix et des marges des producteurs d’électricité, insupportable pour les entreprises et ménages français.

Certes, le tarif réglementé dans un seul pays présente l’inconvénient de fermer le marché aux concurrents d’EDF… laquelle n’est pas absente des autres marchés européens. Dans ce contexte, il était nécessaire d’envisager des mesures correctives appropriées, telles que la définition d’un mode de gouvernance des tarifs garantissant leur adéquation aux coûts de production à financer, ou encore l’ouverture, aux détaillants concurrents de l’opérateur historique, du droit de bénéficier d’un tarif réglementé « de gros », afin de susciter une concurrence sur la commercialisation en bout de chaîne. Les défis auxquels nous sommes confrontés imposent que le dogmatisme laisse enfin la place au pragmatisme. Souhaitons qu’il soit encore temps de tenter de ramener Bruxelles à la raison."



Xavier PINTAT
Sénateur de la Gironde
Président de la FNCCR

 
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